Stratégie Produit
OKR produit : comment les poser sans en faire une liste de vœux
Un exemple d'OKR produit, de sa mesure de départ aux arbitrages hebdomadaires : choisir un résultat, fixer une cible et garder les solutions ouvertes.
« Refaire l'onboarding, ajouter une checklist, envoyer cinq emails. » Cette liste suffit à remplir un trimestre. À la fin, tout peut être livré sans qu'un seul client de plus utilise vraiment le produit.
Un OKR associe un objectif à des résultats clés mesurables. Pour une équipe produit, son intérêt est de rendre le changement attendu assez précis pour choisir entre plusieurs solutions. Les idées de fonctionnalités restent utiles. Elles viennent après la définition du problème.
Partons d'un onboarding fictif
Imagine un SaaS de gestion des interventions. Pour obtenir une première valeur, une entreprise doit créer une intervention et la faire terminer par un technicien. L'inscription et l'import des contacts préparent ce travail ; ils ne prouvent pas encore que le produit aide l'équipe sur le terrain.
Dans notre exemple fictif, 30 comptes sur les 100 derniers comptes éligibles ont terminé une première intervention dans les sept jours suivant leur création. Tous ont eu au moins sept jours pour le faire. La mesure de départ est donc de 30 %.
L'objectif proposé : permettre aux nouvelles équipes de réaliser leur première intervention sans accompagnement individuel.
Un résultat clé possible serait de faire passer de 30 % à 45 % la part des nouveaux comptes éligibles qui terminent cette intervention sous sept jours, d'ici la fin du trimestre. Ces chiffres illustrent la formulation. Ils ne constituent ni un benchmark ni une cible à copier.
Avant de discuter de 45 %, vérifie les 30 %
Qu'est-ce qu'un compte éligible ? Qui exclut les tests internes et les doublons ? Une intervention terminée par l'équipe support compte-t-elle ? Quelle période utilisera-t-on à la fin du trimestre ?
Écris ces règles à côté de la métrique. Sinon, deux équipes peuvent présenter des taux différents en ayant toutes les deux fait correctement leur calcul.
La cible demande ensuite une hypothèse. Si les abandons se concentrent sur une importation défaillante, l'équipe a une piste. Si personne ne sait où les comptes bloquent, réserve d'abord du temps à l'enquête. Un chiffre ambitieux ne donne pas cette information.
Garder les solutions discutables
Une checklist, un exemple prérempli ou un import simplifié peuvent contribuer au même résultat. Pour les départager, observe quelques parcours et parle aux personnes qui se sont arrêtées. Un utilisateur qui ne comprend pas quoi importer n'a pas le même problème qu'un utilisateur dont le fichier est rejeté.
La distinction entre livrable et effet obtenu est détaillée par What Matters à propos des résultats clés. Ici, elle permet surtout d'abandonner une solution qui ne fonctionne pas sans perdre l'objectif.
Supposons que la checklist soit publiée et que l'activation ne change pas. Examine son exposition et son usage, puis les obstacles encore présents. Le simple fait de la livrer ne valide pas l'hypothèse.
Prévoir ce qu'il ne faut pas dégrader
Pour rendre la première intervention plus facile, on pourrait supprimer des contrôles utiles. Le taux d'activation monterait, avec davantage d'erreurs à corriger ensuite.
Associe donc au résultat un garde-fou adapté : par exemple, suivre les interventions rouvertes pour erreur et les demandes d'aide liées à leur création. La limite acceptable doit être fixée à partir de la situation réelle. Tous les indicateurs de surveillance n'ont pas besoin de devenir des résultats clés.
La revue doit se terminer par une décision
Pendant le trimestre, examine les cohortes qui ont eu le temps de terminer leur parcours. Présente les effectifs avec les pourcentages : trois réussites sur dix comptes ne permettent pas les mêmes conclusions que trois cents sur mille.
Puis tranche : poursuivre le test, corriger la mesure, essayer une autre piste ou arrêter. Consigne ce qui motive le choix. Si un gros prospect demande une fonctionnalité sans lien avec cet objectif, rends l'arbitrage explicite : quelle capacité prend-elle, et quel travail sera décalé ?
Un OKR laisse une place aux obligations de maintenance et aux engagements déjà pris. Prévois cette capacité au départ au lieu de faire comme si tout le trimestre était disponible.
Tu peux reprendre ton prochain objectif avec cette trame : une population, un changement observable, une mesure de départ, une échéance et une contrainte à respecter. Ensuite seulement, ouvre la discussion sur la roadmap.